
Un enseignant hors pair
Né le 08 février 1917 au Tampon, ce premier enfant de Marie Francine MUSSARD et Florent CORRE, reçoit quatre prénoms : Marc, Champagne, Alsace et Raphaël.
Champagne et Alsace en souvenir d'un oncle parti en Métropole pour la Grande Guerre.
Alsace passe des années studieuses au Tampon où il obtient son Brevet Elémentaire. Juste après cet examen, il fréquente l'Ecole Normale de Saint-Denis, dans les locaux prestigieux de l'ancien Lycée Leconte de Lisle, actuel Collège Bourbon.
A 19 ans, il occupe son premier poste d'enseignant dans les Hauts de Saint-Leu, aux Colimaçons.
A la fin de l'année scolaire, il part accomplir le devoir national. Soldat, il est incorporé dans le chef-lieu de la Colonie de 1937 à 1938.
Son service militaire effectué, le Tamponnais est nommé instituteur dans un écart de Saint-Joseph, à La Plaine des Grègues.
En cette même année, il s'éprend d'Eglantine FONTAINE, de trois ans sa cadette, qu'il épouse deux ans plus tard.
Au lendemain de ses fiançailles, le 02 septembre 1939, il endosse les habits militaires. Alsace fait partie de ce millier d'hommes qui est retenu pour aller combattre en France. Il embarque dès le 09 septembre 1939 à bord du " Ville de Tamatave " en direction de Madagascar.

Après un séjour de près d'une année dans la Grande Ile, il est conduit à nouveau dans les Hauts de La Réunion. Le hasard des mutations l'amène effectivement pour son troisième poste dans le Cirque de Cilaos.
A la fin de l'année 1940, il repart comme militaire à Madagascar.
Le 10 mai 1941, il se marie au Tampon avec Eglantine. De cette union naissent quinze enfants, dont trois morts en bas âge : Rita (1942), Fred (1944), Max (1945), Dany (1947), Gérard (1948), Gilles (1949), Albert (1952), Jacques (1953), Mireille (1954), François (1956), Line (1960) et Yves (1961).
Après la naissance de Rita, la famille s'installe à Saint-Denis où M. Corré est appelé à servir à nouveau. Il y occupe l'emploi de secrétaire à la Caserne Lambert.
En 1945, après la signature de l'Armistice, il regagne son précédent poste à Cilaos. Directeur de l'Ecole des Garçons en 1946, puis celui du Cours Complémentaire. En 1965, il est promu directeur du nouveau collège d'Enseignement Secondaire de Cilaos.
Cette même année, au moment où le Préfet A. Diefenbacher signe l'arrêté de dissolution du Conseil Municipal de Saint-Louis, il fait partie de la délégation spéciale instituée à Cilaos.
Par amitié pour Irénée ACCOT, il accepte d'être sur la liste que celui-ci présente lorsque Cilaos est érigée en commune. Il en devient le Premier Adjoint de 1965 à 1967.
Il meurt des suites d'une douloureuse maladie le 20 novembre 1967.
Mademoiselle Marie Hélène Henriette France Agnès Rivière est née le 1er avril 1922 à Cilaos et demeure au 05 bis Chemin Terre Fine à l'Ilet à Cordes.
Fille d’un agriculteur et d’une mère au foyer, France Rivière est la cinquième d’une fratrie de 11 enfants, dont 7 garçons et 4 filles.
Elle fait ses études primaires à l'Ilet à Cordes, à l’unique école communale. Elle obtient le diplôme du Certificat d’Etudes Primaires (CEP) en août 1936, puis elle continue ses études à la Rivière Saint-Louis, au cours complémentaire, comme ça s’appelle à l’époque.
La Guerre empêche France de poursuivre ses études et la santé fragile de son père l’oblige à rester à l'Ilet à Cordes.
Cependant, son rêve de devenir soit institutrice soit infirmière s’accomplit, puisque sa devise, c’est d’aider les autres.
Ainsi, de 1946 à 1950, à la demande de quelques parents, elle tient une « école marron » où elle enseigne à des enfants de la section enfantine au CM2.
De 1949 à 1963, elle travaille comme monitrice communale ( l’équivalent d’agent de service aujourd’hui ), puis de 1965 à 1983, elle est responsable de la cantine scolaire de l’Ilet à Cordes.
De plus, de 1954 à 1983, elle joue le rôle d’infirmière bénévole auprès de la population cilaosienne.
Parallèlement, elle mène de front de nombreuses autres activités.
Elle continue de suivre le travail de plusieurs enfants après la classe ; ces derniers le lui sont très reconnaissants.
Elle s’occupe également d’une petite bibliothèque à partir du 19 juin 1969, quand lui est offert un dépôt de livres portés à dos d’hommes ( il n’y a pas encore de route pour se rendre dans l’îlet ), lors d’une visite de courtoisie du Préfet J. Vaudeville. Jusqu’en 1973, les échanges se font tous les trimestres. Sous la houlette de Monsieur Drouet, les livres sont transportés en bibliobus tous les semestres. A l’ouverture du point lecture communal, la bibliothèque ferme ses portes, mais France Rivière reçoit en cadeau près de 200 ouvrages de la présidente de la Bibliothèque Centrale de Prêt.
De 1977 à ce jour, Mademoiselle Rivière est responsable du pluviomètre de l’Ilet à Cordes. Elle obtient le diplôme de la Météorologie nationale le 24 janvier 1983, puis la médaille de bronze en 1988, d’argent en 1993 et de vermeil en 2000.
Elle s’occupe aussi particulièrement de sa mère, jusqu’à la mort de cette dernière en 1990, à l’âge de 98 ans.
Elle est en outre membre du Conseil d’administration de l’Association Familiale de Cilaos et responsable d’un groupe d’enfants en tant que catéchiste depuis 1957.
La médaille de Chevalier de l’Ordre national des Arts et des Lettres lui est décernée le 25 novembre 1994, et lui est remise le 17 août 2003, par le Maire de Cilaos, Paul Franco Técher.
François Joseph est né à Cilaos le 4 octobre 1904, dans une famille de cinq enfants. Il est le fils de Jules SERY et Marie Virginie DORIS.
Dès son jeune âge, il travaille avec son père sur l'habitation et à partir de 15 ans, comme porteur de fauteuil. D'une constitution solide, c'est un grand gaillard, costaud et résistant.
C'est d'ailleurs en transportant des voyageurs jusqu'aux thermes de Cilaos qu'il rencontre Marie Victorine TRONQUART.
Cette dernière est née à Saint-Denis le 13 avril 1899, de Jean Cadet TRONQUART et Joséphine REBECCA. Au milieu des années 1920, elle arrive à Cilaos pour s'occuper du ménage et des enfants du Docteur Manès, venu remplacer le Docteur Loizeau.
Portant le fauteuil qui la mène jusqu'au village, François tombe sous son charme. Ils se marient le 6 novembre 1928. De leur union, naissent cinq enfants : Marie Jessy Joséphine, Marie Jeanne Françoise (décédée), Ange Marie Louise, François Jean et Jules Emilien (décédé).
Pour nourrir leur famille, François ne réchigne pas au travail : à l'occasion, il est porteur de fauteuil; il s'emploie aussi comme journalier aux Thermes où il transporte le bois servant à chauffer l'eau des baigneurs. De même, journalier forestier de 1949 à 1969, il participe au reboisement du cirque en cryptomérias dont il fait les boutures à la pépinière des Eaux et Forêts, puis à l'entretien du chemin des Bains. Il possède également quelques terres au Village, au Bois Rouge, au Bonnet Carré et aux Mares où il cultive entre autres maïs, patates, pois ronds, haricots et de la vigne pour fabriquer son vin, et élève boeufs et volailles.
Quant à Victorine, elle devient infirmière bénévole et effectue piqûres et accouchements pour les habitants du village, de la Mare Sèche et parfois du Bras Sec. Femme de caractère, c'est elle qui gère l'argent du ménage, d'autant plus qu'elle sait lire et écrire.
Aussi, quand en 1965, Cilaos est détaché administrativement de Saint-Louis et devient commune à part entière, Irénée Accot fait appel à elle pour faire partie de son équipe municipale. Victorine n'hésite pas à intégrer la vie politique pour participer au développement du cirque, alors que ce domaine n'intéresse guère son mari.
Discrète, elle n'a jamais voulu partager avec ses enfants les sujets des réunions ou autres affaires débattues en conseil municipal, répondant ainsi à leurs questions : "Les affaires de la commune y regard' pas zot !"
Elle reste conseillère municipale pendant dix-huit ans, jusqu'à la fin de 1982. Malade, elle meurt le 18 mai 1984. Son nom a été donné à la rue qui passe devant la maison qu'elle habitait avec François et où elle a élevé ses enfants.
François, lui, a fêté son centenaire en 2004. A cette occasion, la municipalité n'a pas manqué de lui rendre hommage dans le cadre d'une cérémonie officielle et lui a remis le diplôme de citoyen d'honneur de la ville. Doyen de Cilaos, il est aussi le dernier survivant d'une profession difficile, maintes fois décrite dans les récits de voyageurs, qui nécessitait force et courage : porteur de fauteuil.

Le père de la commune
Né à Saint-Denis le 17 octobre 1909 dans une famille très modeste, Irénée Accot suit une brève scolarité à l’Ecole des Frères.
En 1924, il met le cœur à l’ouvrage à exercer son premier métier, tapissier - menuisier.
En 1932, en cure thermale à Cilaos, il tombe amoureux du cirque pour lequel il va travailler professionnellement et plus tard politiquement.
Ainsi, de 1934 à 1937, il participe à la construction de l’Hôtel des Thermes.
En 1935, il se marie à Rita Maillot, dont il a deux enfants. Son épouse décède en 1941.
Entrepreneur à Saint-Denis, il travaille à l’aménagement et à l’amélioration de l’Hôtel des Thermes (1940), ainsi que des églises de Cilaos et de Palmiste Rouge (1942).
A la fin de la guerre, il devient hôtelier à Cilaos, tout en continuant d’assurer son métier d’entrepreneur.
En même temps, il devient conseiller municipal d’opposition à Saint-Louis (Cilaos fait alors partie de la commune de Saint-Louis). En 1949, il est nommé Adjoint Spécial de Cilaos et en 1951 devient le 3ème Adjoint du maire de Saint-Louis, Valère Clément.
En 1952, il se remarie à Gilberte Picot, enseignante. De leur union naissent quatre enfants.
En 1949, il est élu conseiller général, fonction qu’il occupe jusqu’en 1987. Elu 2ème Adjoint de Valère Clément en 1955, puis 1er Adjoint en 1961 de Théophile Hoarau, il ne cesse de lutter pour que Cilaos devienne une commune à part entière et donc la 24ème de La Réunion. Ce souhait devient une réalité en 1965, pour la plus grande joie des habitants de Cilaos.
Elu premier Maire de Cilaos en 1965, puis réélu en 1971, 1979 et 1983, Irénée Accot poursuit son œuvre politique jusqu’à sa mort, le 11 novembre 1987. La population du cirque garde à l’esprit l’image d’une figure forte et sereine, un symbole de stabilité.
Il faut dire qu’il a grandement contribué au développement de Cilaos.
Irénée Accot est en effet à l’origine de la création :
· d’une imposante cantine scolaire équipée de matériels modernes pour les écoles primaires de garçons et de filles.
· Création sur la rue principale, d’une belle école maternelle mixte avec cantine et logements d’instituteurs. Les tout petits du village y étaient admis à partir de 3 ans avec surveillantes municipales.
· Création d’une grande école de garçons avec cantine et logements d’instituteurs sur l’emplacement du terrain de tennis d’autrefois.
· Création d’une école à Bras Sec avec cantine et logements d’instituteurs.
· D’école avec cantine pour le village isolé de l’Ilet à Cordes.
· D’école à la Mare Sèche, à Peterboth avec cantine et logements d’instituteurs sur la route nationale à l’entrée du village de CILAOS.
· Création d’une très grande école, remarquable de la route nationale dominant le village de Palmiste Rouge avec logement de directeur et terrain de sport attenant.
· Création au centre de CILAOS d’un imposant collège avec internat pour l’enseignement secondaire de l’ensemble des élèves du Cirque.
· Création d’un terrain sportif au centre du village de CILAOS, d’un immense stade avec terrain de football et fronton de pelote basque. Ce stade a eu l’honneur de recevoir avec faste Monsieur et Madame GISCARD d’ESTAING, lors d’une visite présidentielle à CILAOS.
· Création d’une colonie de vacances, très équipée sur le littoral de la Saline les Bains permettant aux enfants, aux familles et aux associations du 3ème Age de s’évader du rude hiver de CILAOS .
· Création d’un C.A.S.E. avec diverses activités culturelles pour nos jeunes.
· D’une piscine pour adultes et enfants des écoles.
· Création du Village Vacances Familles (VVF) au petit Matarum avec de nombreux bungalows.
· Création de l'hôpital et de la maternité indispensable vu la situation géographique de la commune par rapport aux communes limitrophes.
· Création de la Maison de la Broderie avec Musée : exposition d’ouvrages de « jours» traditionnels transmis par des anciennes de CILAOS. De jeunes ouvrières aux doigts de fée, actuellement, travaillent sur leur métier, sous les yeux émerveillés des touristes.
· Création de la Station Service Essence aux Trois Mares, indispensable pour les habitants et les touristes ayant à parcourir 36 km d’une route tortueuse.
· Enfin, le dernier né, enfant chéri de la longue liste des réalisations, le plus beau, a reçu le nom de : ETABLISSEMENT THERMAL IRENEE ACCOT
Ce CILAOS rénové de 1987 est passé aujourd’hui à la postérité, à charge de parachever l’œuvre si bien amorcée.
L'artisane de la broderie
Née à Hell-Bourg le 14 octobre 1877, elle est la cinquième enfant du docteur Jean-Marie Mac Auliffe et de Anna Victorine Trollé, morte en la mettant au monde.
Comme toutes les jeunes filles de bonne famille, Angèle apprend la broderie blanche et les jours pour marquer son trousseau. Autodidacte, elle se sert notamment des revues éditées par les fabricants de fils pour vendre leur production, ainsi que de la célèbre encyclopédie écrite par Thérèse de Dillmont.
Lorsqu’en 1900, elle arrive à Cilaos où son père est nommé médecin-résident de l’établissement thermal de Cilaos, elle crée son propre atelier de broderie où elle enseigne son art aux jeunes filles du cirque.
Là, dans un pavillon situé à l’arrière de la maison paternelle, elle affine ce qu’elle a appris dans les livres. En s’inspirant de la dentelle Ténériffe, elle se libère des fils de chaîne et de trame et étudie de nouveaux passages de fils. Cela lui permet d’inventer de nouvelles formes proches de la nature de Cilaos, de même que des fleurs imaginaires portant des noms de France, et de réaliser des motifs plus importants.
Son atelier prend rapidement de l’ampleur et compte une vingtaine de brodeuses qualifiées en 1905. C’est ainsi que naissent les Jours de Cilaos.
Angèle Mac Auliffe meurt prématurément en 1908, à l’âge de 31 ans, des suites d’une épidémie de rougeole.
Jean-Marie ( 1837 - 1908 )
Un amoureux de Cilaos
Né à Rennes le 8 mars 1837, il est le fils de Claire Marie Moisan et de Jean-Marie Mac Auliffe, commerçant domicilié à Caen et de lointaine origine irlandaise.
De son mariage en premières noces avec la jeune créole Anna Victorine Trollé, fille du docteur Victor Trollé, qui, le premier, étudia les vertus thérapeutiques des eaux thermales de Cilaos, Jean-Marie Mac Auliffe a cinq enfants : Jeanne, Claire, Anna, Victor et Angélique Anna.
Médecin de marine, il exerce d’abord sa carrière dans le Sultanat de Zanzibar, aux Comores, à Mayotte, aux Seychelles et à Nossi-Bé. Il découvre La Réunion vers 1860 et visite Cilaos en touriste en 1863. Il tombe véritablement amoureux du cirque. Dans le livre qu'il publie en 1902 sous le titre " CILAOS PITTORESQUE ET THERMAL - Guide Médical des Eaux Thermal ", il parle de cette rencontre avec le village qui gardera à jamais son empreinte et sera sa dernière demeure :
"C’est en 1863 que je vins pour la première fois à Cilaos. Je fis le voyages en touriste, et j’ en ai toujours gardé un vivant souvenir. Habitant des Plaines, je devais être vivement impressionné par la vue de cet entassement de montagnes, ces précipices sans fonds, par le spectacle de ces bouleversements gigantesques qui me permettaient d’entrevoir une page de l’ histoire de la formation de la terre. J’y revins en 1876 et en 1899 pour la raison de santé. La première fois , j’y arrivai épuisé par le long séjour à Zanzibar, à Mayotte et Nossi-Bé ; la seconde fois fatigué à l’extrême par vingt ans d’un travail continu sur le littoral . Ma confiance, dans l’efficacité du climat et des eaux thermales de Cilaos pour me rendre la santé, ne fut pas trompée, et c’est un acte de reconnaissance que je remplis aujourd’hui en appelant l’attention de mes concitoyens sur une des localités les moins connues de notre Ile, et sur l’une de celle qui, cependant, mérite le plus de l’être, tant de vue de la beauté du pays lui-même, l’un des plus accidentés et des plus pittoresques que l’on puisse rencontrer, qu’au point de vue de son climat enchanteur, de ses eaux bienfaisantes, de son intéressante population."
Un bienfaiteur
Il revient à La Réunion en 1877 et s'installe dans un premier temps à Salazie comme médecin chargé du service de santé de l'hôpital militaire de Hell-Bourg. C'est là qu'il perd sa femme à la naissance de sa fille Angélique Anna (dite Angèle). Des problèmes de santé le ramènent à Cilaos en 1876. Il prend temporairement sa retraite en 1881 et se remarie à Marie Georgina Bertho. En 1899, il s'installe définitivement à Cilaos, où il s'efforce à la fois de soigner la population et de développer l'économie, notamment par le biais de la sériciculture.
Parallèlement, sa fille Angèle enseigne la broderie aux jeunes filles du cirque et son atelier produit les premiers Jours de Cilaos.
Le 20 décembre 1900, Jean-Marie Mac Auliffe devient le premier médecin-résident de l'établissement thermal de Cilaos.
Son ouvrage « Cilaos pittoresque et thermal » est une référence pour qui souhaite connaître davantage le Cilaos d'autrefois, car il contient la première étude détaillée et rigoureuse de l'histoire, de la géographie physique, de la faune, de la flore et des mœurs du cirque, ainsi qu'une analyse précise des bienfaits du climat et des sources thermales. Il y est également proposé un certain nombre de mesures sanitaires, économiques et politiques pour un meilleur développement de la région.
Le Docteur Mac Auliffe meurt d'embolie le 20 septembre 1908, quelques mois après Angèle. Il laisse le souvenir d'un homme de grande bonté et de grande sagesse. Ses actions en faveur du développement font de lui le bienfaiteur, l'homme providentiel de Cilaos, au point qu'on lui attribue, à tort, l'introduction des lentilles et de la vigne, des cultures qui contribuent à la renommée du cirque mais qui existaient bien avant son arrivée ( voir dans Tourisme – Produits du terroir ). Il est enterré au centre du cimetière du village et sur sa tombe est gravée l'inscription "Cilaos for ever ", qui nous renvoie à ce qu'il avait écrit dans son livre :
« L'homme s'agite et Dieu le mène ; il paraît qu'il était dans ma destinée de revenir dans ces lieux qui m'avaient tant charmé, peut-être même y finirai-je mes jours : Cilaos for ever. »
Marguerite Chow Moy est née le 23 juin 1920 à Saint-Denis.
Orpheline à l’âge de 8 ans, elle est recueillie par sa marraine. Tout en suivant sa scolarité, la petite Marguerite s’occupe de l’entretien de la maison et d’enfants en bas âge. C’est à partir de ce moment qu’elle s’intéresse à la musique, une passion qu’elle tient de sa mère. Seule, elle se perfectionne en solfège et s’adjoint les cours d’un professeur de musique quand elle le peut.
En 1948, elle s’installe avec son mari à Cilaos et tient une petite épicerie dans la rue du Père Boiteau. C’est là que pour tous les Cilaosiens, Marguerite Chow Moy devient Madame Ah Moy, surnom qu’elle garde jusqu’à aujourd’hui. La même année, elle recueille deux neveux et une nièce en bas âge dont les parents viennent de décéder. Elle mène alors sa vie de mère et de commerçante, en même temps qu'elle assure les animations musicales dans les hôtels et les restaurants du Cirque. De nombreux musiciens reconnus à La Réunion l’accompagnent parfois.
La petite épicerie ferme ses portes en 1974.
A la mort de son mari, elle se consacre exclusivement à la musique et l'enseigne aux élèves du village. Piano, banjo, guitare, accordéon, violon sont les instruments de prédilection de ses nombreux élèves âgés de 7 à 77 ans. Alors qu’elle est âgée de 83 ans en 2003, elle poursuit l’enseignement de la musique.
Unanimement reconnue à Cilaos pour sa gentillesse, son courage et sa vie méritante, elle est récompensée par la médaille de l’Ordre National du Mérite, qui lui est remise le dimanche 13 avril 2003 dans la salle du Conseil Municipal de Cilaos.
Décorée par Madame Rose Julienne, marraine qu'elle s'est choisie, en présence du Maire de la commune, Paul Franco Técher, des Sénateurs Anne-Marie Payet et Jean-Paul Virapoullé, de Marc Gérard, Président de l’Association Réunionnaise de l’Ordre National du Mérite, du Conseil municipal, de sa famille, de ses élèves et de ses amis, Madame Ah Moy a rejoint le cercle restreint des Chevaliers de l’Ordre National du Mérite. Un honneur pour notre village qui a besoin d’exemples forts pour l’ensemble des jeunes qui composent notre société.
Un homme d'église incomparable
Fils d’Alexandre Boiteau, instituteur et de Louise Derré, Paul Antoine Julien Boiteau est né à Bouloire ( Mans ) le 13 août 1901.
Après des études secondaires au petit séminaire de la Flèche et deux ans au grand séminaire du Mans, il choisit de servir dans la congrégation du Saint-Esprit ; elle semble correspondre à son idéal de « missions les plus pénibles » et s’occupe « des âmes les plus délaissées » . Selon l’abbé Gérard, son directeur au Mans, « c’est un enfant intelligent, très pieux, un peu timide et silencieux, qui ne rêve que d’apostolat chez les sauvages » .
Après son noviciat à Orly, il fait son service militaire à Mayence (Allemagne) avant de reprendre ses études théologiques à Chevilly. Il est ordonné prêtre le 28 octobre 1924 ; il a 23 ans. A cause de son jeune âge, il lui faut une dispense spéciale.
L’ordre spiritain hésite à l’envoyer outre-mer en raison de sa santé délicate. Il est sous-maître des novices à Orly de 1925 à 1927. Mais il insiste tellement pour partir qu’on accède à sa demande. Il est envoyé à La Réunion en 1927.
Il intègre alors le personnel encadrant du petit séminaire de Cilaos, en tant que sous-directeur, avant de succéder au père Mage comme supérieur et comme curé de Cilaos en 1934.
Il fait construire la nouvelle église de Cilaos, point de repère architectural dans le cirque, suivant les plans de Monseigneur de Langavant. La première pierre est posée le 13 juin 1937 par l’entreprise Caro.
D’une énergie inlassable, il parcourt le cirque de Cilaos à pied : de Palmiste Rouge par le sentier du Brûlé Marron, à Bras Sec, depuis le fond de l’Aloès au village de Cilaos.
Lorsque la maladie le surprend, les prêtres du séminaire découvrent son dénuement matériel : il n’a ni manteau, ni tricot de laine pour l’habiller. Mais dans sa chambre, ils trouvent autre chose :
« Tout un inventaire d’objets de pénitence usagés, cachés soigneusement, mais tous usagés. Il y avait une chaîne de fils barbelés qu’il passait comme une ceinture à certaines périodes ; une corde doublée par un de ses bouts, avec les traces du sang ; un collier garni de pointes… »
Il meurt le 7 juillet 1947 à l’âge de 46 ans. Son nom est donné à la rue principale de Cilaos, celle qui conduit à l’église. Le père Berthou prend sa succession.
Sa tombe quotidiennement fleurie et entretenue témoigne du respect, de l'affection et de l'attachement que lui accordent les Cilaosiens.
Le 13 août 2001, la paroisse de Cilaos a célébré dignement son centenaire à l'occasion d'une messe en l'église Notre Dame des Neiges.
Henri Alexandre Teigny est né à Paris le 10 août 1879.
Il est le fils de Augustin Teigny et de Pierrette Mauvielle.
Après des études au Séminaire colonial, il est ordonné prêtre à Paris le 28 juin 1908.
Le 21 octobre de la même année, il arrive à La Réunion, où il est successivement vicaire à Saint-Benoît (1908-1909), puis curé à Sainte-Suzanne (1909-1911).
Le 10 février 1911, il prend ses fonctions à Cilaos, où, effrayé par le laxisme des fidèles, il mène une campagne de moralisation. Il n’hésite d’ailleurs pas à leur dire en chaire ce qu’il pense de leur attitude.
Son franc parler n’est cependant pas du goût de tous. Pour l’anecdote, un dimanche, alors qu’il accueille les fidèles, il demande à une dame d’aller se rhabiller, car, selon lui, elle porte un décolleté un peu trop prononcé ! Une autre fois, il critique violemment les fonctionnaires qui usent des charmes de leurs épouses pour monter plus vite en grade, pratique qui serait d’après lui courante à Madagascar ; or, dans l’église, est présent ce jour-là le bâtonnier du barreau de la Grande Ile, qui, prenant le sermon pour lui, exprime son mécontentement en usant de sa canne.
Se constituant défenseur des règles de l’Eglise sur la consanguinité, il veut remettre ses paroissiens dans le droit chemin et prévenir autant que possible les mariages « contre nature » (selon sa propre expression).
Aussi, pour chaque famille de la paroisse, il établit une fiche comportant les nom et prénoms de chacun des époux, leur date de mariage, leur date de naissance, et les prénoms et dates de naissance des enfants ; au verso, il note les noms des parents, grands-parents et arrière-grands-parents de chacun des époux, avec parfois même leur date de mariage. A chaque nouvelle union, une fiche est ouverte.
Après lui, on abandonne plus ou moins ce travail, qui n’est véritablement repris que par le père Hauck en 1965.
Marie Rose Germaine JULIENNE est née le 3 septembre 1919 au Bois de Nèfles Saint-Paul. Elle est très fière de ses parents d'origine modeste, honnêtes commerçants et travailleurs, son père Xavier ODON et sa mère Léa CUVELIER. Elle est l'avant dernière d'une lignée de six frères et sœurs.
Elle se marie le 13 août 1946 à Maurice JULIENNE, né le 15 juillet 1918 à la Saline Saint-Paul. Puis en septembre, elle s'installe à Cilaos, en qualité d'institutrice stagiaire où son mari exerce à l'Office National des Forêts. A son arrivée, elle est impressionnée par la hauteur des montagnes majestueuses qui encerclent le cirque. Elle se demande si elle s'acclimaterait à ce nouvel environnement. A l'époque, comment aurait-elle pu imaginer qu'aujourd'hui elle chanterait « Cilaos for ever », dans sa villa la Thébaïde, où elle coule des jours paisibles de retraite en pensant à ses sept enfants, douze petits-enfants et trois arrière-petits-enfants ?
Un début de carrière difficile
Admise en candidate libre à l'Ecole Normale en 1940, Rose ne peut prétendre à un poste fixe immédiatement, car, à cette époque, seuls les boursiers sont titularisés.
Aussi, de 1941 à 1945, elle doit se contenter de courtes suppléances dans diverses écoles au Guillaume, à Bellemène, à Saint-Gilles-Les-Hauts, à Saint-Joseph et enfin au Maniron à l'Etang-Salé. Ces remplacements durent un ou deux jours, parfois une semaine ou deux, un mois tout au plus.
C'est dire si elle commence à exercer son métier dans des conditions difficiles, d'autant plus qu'elle doit affronter des situations auxquelles elle n'est absolument pas préparée. A Saint-Gilles-Les-Hauts par exemple, elle hérite d'un poste d'institutrice suppléante d'un cours préparatoire qui accueille soixante-dix élèves ! L'Ecole Normale ne lui ayant dispensé que la théorie de la pédagogie, Rose se débrouille en tâtonnant et en inventant ses propres méthodes pour régler à la fois les problèmes de discipline et transmettre un peu de son savoir. Il lui faut, de plus, composer avec les pénuries dues à la guerre. Ses élèves sont forcés d'écrire sur de fragiles ardoises en carton en utilisant une aiguille d'oursin ! Faute de cahier, ils notent leurs leçons entre les lignes imprimées des journaux ou sur du papier d'emballage, avec une encre préparée par broyage de petites graines mauves, l'encre de fauvin. Les classes elles-mêmes sont dotées d'un matériel très rudimentaire ( grandes tables à bancs de quatre à six places que n'agrémente qu'un tableau noir à chevalet ). Un peu découragée par sa vie instable, Rose envisage plusieurs fois de passer le concours des Postes et de changer de profession. Or, en 1946, un événement vient bouleverser son existence : son mariage avec Maurice !
Sa carrière à Cilaos de 1946 à 1979
Son mari étant nommé à Cilaos, Rose obtient un poste d'institutrice stagiaire à l'Ecole des garçons, qui ne compte alors que trois classes surchargées de quarante à cinquante élèves chacune.
Le 19 septembre 1946, elle réussit les épreuves du Certificat d'Aptitude Pédagogique (CAP). Un an plus tard, le 13 septembre 1947, elle accède à de nouvelles responsabilités : elle est chargée d'assurer l'intérim de la direction de l'Ecole des filles de Cilaos, pendant la durée du congé maladie de Mademoiselle Iris HOARAU. Rose a conscience de devoir remplacer une femme de tête exceptionnelle, qui menait son personnel à la baguette et maniait aussi bien la finesse d'esprit et la poésie, que la rigueur à la pédagogie. Elle s'inspire donc de ses principes pour assurer dignement la succession. Le 14 septembre 1948, elle est nommée définitivement directrice de l'Ecole des filles. Elle s'attache alors à améliorer les conditions de travail de ses écolières, en faisant notamment réparer les salles de classe, qui ont été aménagées dans l'ancien logement du directeur de l'Ecole des garçons.
Madame JULIENNE est rapidement confrontée à la concurrence de l'école congréganiste locale, qui attire moult parents, désireux de procurer à leurs enfants une instruction religieuse. Il faut noter que Cilaos, qui héberge en ce temps le seul séminaire préparant des prêtres de La Réunion, cultive alors une conscience religieuse aiguë. C'est pourquoi, l'école publique, surnommée par une partie de la population « l'école du diable », accueille encore peu d'élèves. Mais, soutenue par le directeur de l'Ecole des garçons, Monsieur Alsace CORRE, Rose JULIENNE s'évertue à accroître la renommée de son école, de manière à augmenter les effectifs. Pour garantir au maximum les chances de réussite de ses élèves, elle propose des cours gratuits, à la maison ou à l'école, le jeudi et pendant les vacances d'été, aux enfants qui préparent l'examen d'admission en sixième ou le Certificat d'Etudes Primaires.
En 1949, elle cumule les fonctions de directrice et d'institutrice en prenant la charge d'une classe de 29 élèves regroupant plusieurs niveaux : la Fin d'Etudes Primaires (FEP), la deuxième année de Cours Elémentaire et les deux années de Cours Moyen. Ses efforts sont heureusement récompensés par les excellents résultats de ses élèves au CEP et à l'examen d'entrée en sixième. En 1954, les élèves reçues au CEP sont habilitées à rentrer directement en cinquième, au collège. C'est ainsi que des élèves persévérants sont parvenus à obtenir le Brevet Elémentaire et certains ont même fait carrière dans l'enseignement primaire.
C'est donc au prix d'un travail acharné de la directrice et des enseignants, rejoints, à partir de 1949, par Gilberte PICOT, future épouse du premier maire de Cilaos, Irénée ACCOT, que la petite école des filles se développe et gagne la confiance des parents. De 130 élèves réparties en trois classes en 1946, les effectifs passent à 160 écolières en 1954. Une quatrième classe est créée afin de dédoubler le Cours Préparatoire. La Fin d'Etudes primaires est détachée du Cours Moyen, tandis que la section enfantine est transformée en une classe de maternelle encadrant 93 élèves.
Des visites tant redoutées de l'inspecteur académique, Rose Julienne est toujours gratifiée d'appréciations élogieuses et encourageantes, ses notes s'échelonnant de 11 à 18 ½ . Elle se déclare fière de sa carrière, d'autant plus que celle-ci est couronnée par des distinctions honorifiques attribuées par le rectorat d'Aix-en-Provence, dont dépend encore La Réunion à cette époque : médaille de Bronze et mentions honorables au titre de l'année 1974, puis médaille d'Argent au titre de l'année 1976.
Le 3 septembre 1979, date de son soixantième anniversaire, elle sollicite et obtient sa mise en retraite, mettant un terme à 33 ans d'une carrière bien remplie au service des petits Cilaosiens dont elle a recherché avec passion la réussite.
La politique est une autre passion de Rose JULIENNE.
En 1965, Cilaos est détachée administrativement de Saint-Louis et devient une commune à part entière, la vingt-quatrième de La Réunion. Candidat aux élections municipales, Irénée ACCOT exhorte Madame JULIENNE à rallier son équipe. Rose ressent alors qu'il lui offre l'occasion de collaborer avec un groupe d'hommes et de femmes de bonne volonté, dirigé par un guide d'exception. Elle acquiesce donc à sa demande et comprend très vite qu'elle a la politique dans le sang.
Monsieur ACCOT est élu et Rose JULIENNE a l'honneur d'appartenir à sa municipalité et de participer à la vie de la commune. En tant que conseillère municipale jusqu'en 1987, elle s'initie au jeu des décisions politiques et apprécie d'être informée de projets qui vont, selon elle, impulser un nouvel élan à Cilaos. Même si aucune tâche précise ne lui incombe, elle se penche particulièrement sur les dossiers consacrés à l'aide sociale.
Surtout, elle se réjouit de voir Cilaos se développer. Visionnaire, Irénée ACCOT déborde d'énergie et multiplie les initiatives ( voir sa fiche biographique dans Grands personnages ). Il sait fédérer autour de lui des personnes prêtes à se plier en quatre pour que le cirque progresse et reçoit dans cette tâche, le soutien total de Madame JULIENNE. Celle-ci se démène en effet pour qu'il puisse transmettre son message à un maximum de gens à chaque réunion préélectorale. Elle rameute la population et se délecte d'entendre les rires lorsque Monsieur ACCOT, doté d'un humour proverbial, lance une plaisanterie. Elle se rappelle ainsi l'avoir entendu un jour taquiner un adversaire en demandant à la foule : « Mes amis, sur koça zot y appuient ? Bois de papaye ou bois de fer ? ». Rose JULIENNE aime défiler à ses côtés, vibrer lorsqu'en tant qu'assesseur, elle assiste au dépouillement des bulletins de vote.
En octobre 1982, Irénée ACCOT lui remet la médaille d'argent de la famille française, qui récompense son rôle de mère de famille nombreuse. En juillet 1983, il lui décerne, au nom du président de la République, la médaille de Chevalier de l'Ordre National du Mérite. Quand Monsieur ACCOT meurt en 1987, Rose ne démissionne pas immédiatement de la vie politique. Au contraire, elle s'active pour que Simon LEBRETON lui succède et n'hésite d'ailleurs pas à coller une affiche à son effigie sur sa voiture.
Parallèlement, elle supervise en 1980 la création du club du troisième âge, qui est baptisé « les Primevères » en référence aux premières fleurs du printemps, et en devient la première présidente, secrétaire et trésorière, jusqu'en 1996. L'objectif du club est d'aider et d'informer les personnes âgées de soixante ans au moins, retraitées, et leurs conjoints âgés de cinquante ans au moins ». En fait, Rose JULIENNE s'ingénie surtout à orchestrer des voyages et des sorties. Presque tous les ans, elle organise un séjour d'une semaine en juillet à la colonie de vacances de La Saline-les-Bains que la commune a achetée à l'initiative d'Irénée ACCOT. Fuyant l'hiver de Cilaos, le groupe profite ainsi régulièrement de la mer et de la douce chaleur du littoral. Ne se limitant pas à sa seule fonction d'encadrement, Madame JULIENNE s'efforce de satisfaire les besoins des membres du groupe, qui ne lui cachent pas leur estime et la surnomment gentiment « maman ».
Elle quitte la présidence du club au début de l'année 1996, afin de profiter pleinement de sa retraite.

Marie-Hélène Técher est née à Cilaos en 1918, dans une famille de petits paysans.
Elle passe son certificat d’études à 10 ans.
« Comme mes parents étaient pauvres et que je ne pouvais pas continuer mes études, je suis restée un an pour aider la maîtresse d’école à Palmite Rouge. Mais c’était du bénévolat et pour préparer mon avenir, j’ai commencé à broder. J’avais vu du travail fini et j’ ai essayé de faire pareil. Au début, ce n’était pas très beau, mais après ça allait et ça aidait quand même mes parents » se souvient-elle.
« Quand je voyais une fleur dans la nature, j’essayais de la reproduire. Une fois j’ai voulu faire une orchidée mais ça ressemblait plus à un papillon » dit-elle toujours avec beaucoup de modestie.
A 16ans, elle entre au couvent et effectue deux ans de noviciat.
« J’ai ensuite été envoyée à Saint-André pour la classe enfantine en 1936. J’y suis restée 17 ans ».
C’est lors d’une kermesse à Saint-André qu’une de ses supérieures remarque son talent pour la broderie et décide alors de l’envoyer à Cilaos pour apprendre cette discipline aux jeunes.
C’est ainsi qu’elle dirige, à partir de 1953, l’Ouvroir de Cilaos, créé par l’institut Notre Dames Des Neiges, où elle forme au moins 200 jeunes filles.
En 1983, elle passe le flambeau de l’apprentissage à l’Association pour la Promotion de la Dentelle de Cilaos, mais continue toujours à broder.
La même année, elle obtient la Médaille d’Or au concours du Meilleur Ouvrier de France dans la catégorie «Jours brodés» de la classe «dentelle et broderies».
En 1994 elle est élevée au rang d’Officier de la Légion d’Honneur.
« Je suis une privilégiée, j’ai pu avoir un voyage à Paris quand j’ai eu ma médaille d’or et le Maire de Cilaos m’a offert un voyage à Maurice pour la Légion d’Honneur » dit Sœur Anastasie, qui a pris sa retraite depuis l’an 2000 à la Montagne.
« Je continue à faire quelques points parce que j’aime ça. Mais il faut de bons yeux. Et maintenant je vois mieux les défauts ».
Face à sa nouvelle promotion au rang de commandeur de la Légion d’honneur, Sœur Anastasie affirme qu’elle est contente.
« Je remercie le Seigneur car si je n’avais pas vu ou si j’avais été manchote, je n’aurais pas pu faire ce que j’ai fait. Je ne suis après tout qu’une petite paysanne ».
Source: Article du Quotidien de La Réunion en date du 02/01/03
Le 19 mars 2005, à l’occasion du quarantième anniversaire de la commune de Cilaos, le travail effectué par Sœur Anastasie auprès des jeunes filles du cirque a été récompensée, puisque la religieuse a reçu du maire Paul Franco Técher la médaille d’honneur de la Ville de Cilaos.
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